Le Plume
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déménagement

Chères lectrices, chers lecteurs,

Compte tenu des conditions hallucinantes dans lesquelles c'est faite cette prétendue migration, il m'a bien fallu trouver un autre support pour ce weblog. Au vu du résultat de l'opération en question, ce choix devient naturellement définitif. Vous me retrouverez donc à l'adresse suivante :

http://le-plume.blogspot.com

La mise au point est loin d'être terminée, mais je vais y travailler. Quant à ces pages... elles vont rester en l'état, je crois. Un peu de cosmétique si j'ai le courage, mais c'est tout. Les archives de la rubrique "du jour" et de ses photos sont par ailleurs toujours disponibles sur http://le.plume.free.fr/ ; ces arhives seront tenues à jour des entrées sur la nouvelle plateforme.

Le Plume vous salue bien.

26.1.06 13:06


Rose, rosiers

Plusieurs jours déjà que cette façade m'avait attiré l'œil ; en fait, depuis que j'ai fait le choix de changer d'itinéraire pour rentrer de la rue Malher, empruntant rue de Sévigné, rue des Quatre-Fils et rue des Archives pour retourner place de la République. La lumière était bonne aujourd'hui ; ma chère épouse m'avait prêté son deux-roues motorisé : ma pause déjeuner s'est donc doublée d'une pause photo - on ne sait jamais, des fois qu'ils repeignent l'immeuble sans me prévenir !


Hôtel particulier, 1ère moitié du XVIIe siècle, 4 rue du parc Royal, Paris 3e.

Sur le chemin du retour, changement d'univers : des travaux rue pavée m'offrent un détour par le Pletzel - la petite place, c'est ainsi que les émigrants juifs du début du siècle ont nommé la rue des rosiers, où Guillaume Apollinaire les observait non sans mépris.

Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vus souvent le soir ils prennent l'air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux
échecs
La génération suivante, quittant les décombres des quatre empires que la Grande guerre avait achevés, dût s'installer plus loin, du côté de la place des fêtes - ne cherchez pas, ce quartier-là a disparu il y a trente ans ; mais la rue des rosiers est resté le lieu de mémoire de ce grand dérangement, du shtetl de Pologne ou d'Ukraine à Brooklyn ou Rio, via la gare Saint-Lazare et le port du Havre ; et surtout de ceux qui n'ont pas continués, parce que Paris, c'est aussi bien que l'Amérique, parce qu'on ne risque plus rien ici - avant d'être marchandés par un gouvernement bien français, ô oui, et transportés vers la mort dans les autobus verts de la société des transports en commun de la région parisienne.

Du shtetl, le village juif des plaines d'Europe de l'Est, il ne reste plus rien ; le Pletzel, c'est aussi la trace de ses pas.

Le Plume vous salue bien.




23.1.06 16:20


Quelques fleurs

...d'une plante décorative et aromatique, la sauge bicolore. C'est pas tous les jours dimanche.


Louannec, Côtes d'Armor, mai 2000.

Sinon, on parlait de la Tamise l'autre jour : la preuve que c'est la mer, c'est qu'on y trouve même des baleines. Enfin, je ne sais pas si en français on doit parler de baleine à propos des hyperodons - le français, contrairement à l'anglais, a tendance à résererver le nom de baleine aux cétacés à fanons, ce que l'hyperodon n'est point : c'est un odontocète (une baleine à dents), et plus spécifiquement un ziphiidé, une baleine à bec, car les baleines à bec ont des dents. Il mange des harengs et des calmars, et voilà où ça le mène. C'est d'ailleurs comme ça que l'espèce a été découverte, à la suite d'un échouage sur les côtes de l'Essex en 1717 - pas bien loin de la tamise, finalement.

Le Plume vous salue bien.

P.S. : merci à Jean-Pierre Sylvestre, Baleines et cachalots, réédité par Delachaux et Niestlé.

22.1.06 22:05


Chemin de fer

Allez, un p'tit coup de gnôle pour fêter le week-end ?



Un wagon-foudre du début du XXème siècle, Paris, Champs-Élysées, juillet 2002.


Parcouru l'autre jour la thèse de Peter J. Wexler, publiée en 1955, sur la formation du vocabulaire français des chemins de fer, de la fin du XVIIIème au milieu du XIXème. Il s'avère que, comme je le soupçonnais, le terme de chemin de fer lui-même n'a été accepté que progressivement et avec réticence. On emploie bien le terme de « chemin ferré » à propos de la fabrique de canons d'Indret, près de Nantes, à la fin du XVIIIème siècle :il s'agit semble-t-il de la première voie ferrée au sens moderne du terme a avoir été construite en France. Elle permettait de mener les canons de la fonderie, où ils étaient coulés, à la forerie, où on évidait l'intérieur pour en faire, ma foi, des canons.


Mais le terme semble impropre : ce n'est pas tout le chemin qui est de fer, mais seulement deux bandes de roulement... On propose alors « ornières ferrées, » à l'image des ornières de bois que l'on utilisait depuis longtemps dans les mines pour faciliter le roulage des wagonnets, mais des ornières, c'est en creux, alors que les rails ne le sont pas vraiment. Un traducteur propose, en 1803, le terme de grille-voie :


« Le mot primitif anglais, est composé de deux mots rail et way dont le premier signifie grille, la seconde voie. Cette expression m’a parue préférable à celle de chemin ferré. On aurait pu aussi bien adopter le mot rail-way comme le premier nom d’une chose nouvelle. »

(note en marge de la traduction d'un rapport sur le chemin de fer de la compagnie du Surrey, établie pour un conseiller d'État à Cologne, 1803, cité par Wexler, p.26.)

Et à vrai dire, si grille-voie n'a pas rencontré un grand succès malgré son exactitude linguistique, rail-way est longtemps resté dans les esprits - on le voit ressurgir à la fin du XIXème siècle pour désigner ce qu'on nomme aujourd'hui tramway.


Parallèlement, les matériaux utilisés ont évolués, ainsi que leurs appellations ;  début XIXème siècle, le terme de fonte de fer remplace celui de fer coulé. Le chemin de fer (coulé) devient donc le chemin de fonte  (de fer). Mais la fonte, trop cassante, est remplacée par du fer puddlé, forgé au laminoir : c'est le chemin de fer forgé, que l'on simplifie en chemin de fer. Le terme se stabilise, malgré le remplacement du fer par l'acier à partir des années 1860. Pourquoi « chemin de fer » en est venu à désigner le sytème de transport dans son ensemble, pendant que « voies ferrées » désignait le support, je n'en sais rien - peut-être parce que je n'ai pas lu cette thèse en entier.


Au fait, je vous avais déja dit que je m'intéressais aux trains ?


Le Plume vous salue bien.

21.1.06 23:07


Le flot et le jusant

Allez, retour à la plage, à marée basse, forcément.


Louannec, plage de Pen an Hent Nevez, août 2005.

Enfin, marée basse, n'exagérons rien : le rocher à l'arrière-plan - que les cartes appellent Penvern de Perros mais que j'ai toujours entendu appeler Benoën, allez savoir pourquoi - est accessible à pied sec par grandes marées basses. Il y a donc de la marge...

Non, c'était la mi-marée montante, par une fin d'après-midi tranquille, où les petits échassiers, courlis et aigrettes, arpentent le bord de l'eau, à l'affût des molusques que le retour du flot inciterait à mettre le nez hors de leur cachette.

Regarder la mer monter, à chaque vaguelette, sur l'estran presque plat. Quand on est tout près, il semble que la montée de l'eau est la résultante de la succession des vaguelettes, chacune d'elles se haussant sur ce qui reste de celle qui la précède - et pourquoi en serait-il autrement ?

Le Plume vous salue bien.

20.1.06 22:51


Du pain sur la planche

À la maison aujourd'hui, à rédiger mon mémoire. Très en retard, encore - deux semaines que je n'arrivais pas à avancer. Dans sa version actuelle, mon mémoire traite de l'introduction d'un procédé technique nouveau ; le chapitre que je suis en train de rédiger traite de tout ce qui précède, ce qui évidemment demande un certain esprit de synthèse... C'est parti maintenant, je pense avoir trouvé la bonne densité pour faire quelque chose d'à la fois concis et à peu près compréhensible. Du coup, j'évoque (en quelques mots)  plein de petits hauts fourneaux charentais, ou plutôt d'anciens moulins qui étaient des hauts fourneaux au XVIIème ou au XVIIIème siècles - car, j'ai déjà dû le dire des tas de fois, un haut fourneau, à cette époque, c'est avant tout un moulin, seule une roue hydraulique étant capable d'actionner sans interruption les soufflets tout au long d'un fondage de plusieurs mois.

Celui-ci, par exemple, : le nom du lieu-dit, Planchemeunier, nous donne à penser qu'il y avait là naguère un moulin à blé. Un haut-fourneau s'y installe à partir de 1514, ce qui en fait un des plus anciens de l'Angoumois ; on y fabrique des canons pour la marine à la fin du XVIIème siècle et jusqu'au milieu du XVIIIème. On n'a pas de trace de son activité pendant la Révolution française ; il est donc probable que l'activité métallurgique ait déjà été abandonnée. Au début du XIXème siècle, on y établit un moulin à blé - retour aux sources, si l'on peut dire. Aujourd'hui, il s'agit d'une habitation privée.


Planchemeunier, commune de Sers, Charente, 4 juin 2004.

C'est un vallon paisible, à une dizaine de kilomètres d'Angoulême ; le rurbain, en rentrant du travail, peut pêcher la truite dans les eaux de l'Échelle, profitant du calme et de l'air pur. Un de mes camarades, qui étudie un site du même type situé dans le Nord de la Bourgogne, le rappelait dans une présentation récente : il y a 250 ans, les fourneaux enfumaient la vallée jour et nuit, tandis que toute la journée de lourds marteaux hydrauliques frappaient leur enclume toutes les dix ou vingt secondes. Là comme ailleurs, et contrairement aux idées reçues, la tranquillité est une invention récente.

Le Plume vous salue bien.

19.1.06 23:03


Tamise

J'avais commencé à parler, l'autre jour, des fleuves dans les villes et des villes sur les fleuves - j'ai mentionné Paris et Rome : il serait étrange d'omettre Londres et la Tamise, ce couple unique, inséparable. En effet, ce qui définit de manière unique la situation de Paris, c'est, plus que la Seine, sa position au centre géomorphologique d'un vaste bassin sédimentaire - Londres, par contre, est indubitablement le lieu où un estuaire devient fleuve, et réciproquement. C'est la Tamise qui fait Londres, port-capitale ; c'est Londres qui fait de la Tamise un axe majeur et non un fleuve de seconde importance.

Si l'on s'en tient aux chiffres, en effet, la Tamise, ce n'est pas grand chose : le deuxième fleuve de Grande-Bretagne, derrière la Severn - la comparaison avec la Seine serait hors de propos. Quant au débit moyen, il est sensiblement inférieur à celui de la Vilaine à Redon... Mais voilà, la Tamise, à Londres, c'est déjà presque la mer - ça se voit, ça se sent.


La Tamise et vue du South Bank, octobre 2004.

On pense du coup à Heart of Darkness, de Conrad - car, si le roman parle d'Afrique, et plus particulièrement du fleuve Congo, c'est sur l'estuaire de la Tamise que se déroule la narration, sur un voilier au mouillage qui attend la renverse. Et c'est en regardant cet horizon que Marlow commence son récit : ‘And this also,’ said Marlow suddenly,  ‘has been one of the dark places of the earth.’

Voilà la chose : au cœur de la Ville, la Tamise nous parle du Monde.

Le Plume vous salue bien.

18.1.06 22:55


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